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Rwanda : Reboiser pour assurer un environnement sain

Chaque année, chaque "cellule" du Rwanda (plus de 500 familles) plante 10 000 arbres pendant la semaine de l’arbre, en novembre. Une nécessité dans ce petit pays dit des "mille collines", où les pentes et l’érosion sont fortes, et qui est très densément peuplé (431,6 h/km2).

Selon le ministère des Ressources naturelles (Minirena), le bois satisfait plus de 90% des besoins des Rwandais en énergie. Mais le pays manque de forêts surtout à l’est et au sud où les arbres sont rares. "Certaines régions du nord sont surpeuplées et bien que les espaces des forêts y soient importants, ils sont chaque jour consommés un peu plus," complète Claudien Habimana, directeur d’intervention du Programme d’appui à la reforestation (PAREF).

La forêt de Gishwati

Le gouvernement mène donc une politique active de replantation d’arbres partout dans le pays afin d’augmenter, de diversifier et de préserver les ressources forestières et agro-forestières. Le Rwanda vise ainsi à couvrir 30 % de la superficie totale du pays (26 338 km2) d’arbres ou de forêts en 2020 contre 22,5 % actuellement.

Selon Frank Rutabingwa du Minirena, en 2013, 67 millions de plants ont été mis en terre dont 30 % dans les montagnes pour lutter contre l’érosion et 70 % dans les champs, au bord des routes et des lacs… Mais ces boisements se font actuellement sans règles précises et Stanislas Kamanzi, ministre des Ressources naturelles, veut changer de stratégie : "Au lieu de planter des arbres ici et là, nous allons les concentrer sur un même endroit dans chaque cellule afin que, dans quelques années, on puisse avoir un espace boisé significatif."

La coupe du bois règlementée

Un très gros effort est donc demandé aux Rwandais pour pallier le déficit actuel en bois d’œuvre, de service et bois-énergie (évalué à 6,7 millions de m3) qui conduit aujourd’hui à une exploitation excessive des ressources forestières. L’exiguïté des exploitations (0,60 ha en moyenne), la forte densité démographique et les sols dégradés accentuent la pauvreté des populations rurales. À la recherche de revenus alternatifs ou complémentaires, elles surexploitent les forêts naturelles et les plantations forestières pour leur propre consommation ou pour la vente.

D’autres les défrichent pour s’installer. En 1994, d’anciens réfugiés rwandais venus de la RD Congo se sont installés dans la forêt de Gishwati (ouest). Mais l’érosion et les éboulements ont rendu les lieux peu sûrs, et en 2007, 17 personnes sont mortes et des dizaines de maisons et de champs ont été détruits. Selon Émile Mukunzi, chargé des forêts dans la région, pour réduire ces dégâts, la population "à risque" a été évacuée et la forêt a été divisée en trois parties destinées au reboisement, à l’agriculture et aux pâturages.

À l’est, Bugesera, très peu boisée, a vécu des épisodes de sécheresse provoquant la famine et l’émigration. Depuis 2003, population et autorités se sont mises à reboiser et la région ne connait plus ces problèmes. Mais dans cette province de l’est, les forêts restent rares et "par manque d’arbres l’environnement se dégrade, ce qui nécessite une intervention rapide", fait remarquer C. Habimana.

Par ailleurs, si le bois est aussi rare dans la province de l’Est, c’est parce que les habitants y sont de plus en plus nombreux. Ils construisent et cultivent, détruisant au passage bon nombre d’arbres. Mais, les hommes ne sont pas les seuls responsables… Les termites s’attaquent en effet aux arbres forestiers et agro-forestiers plantés par les paysans au cours des travaux communautaires « umuganda ».

L’homme qui plantait des arbres

« Le ministère de l’Environnement s’oppose à l’usage d’insecticides au profit d’un écosystème riche en biodiversité, contrairement à ce qui se fait en Ouganda », résume Niyigena un agronome de la région. Certains ne comprennent pas cette stratégie : « La termite n’est pas aussi importante que les humains !

Pourquoi les autorités ne nous laissent-elles pas l’éliminer par n’importe quel moyen et en finir ainsi avec le manque de bois de chauffe ? », interroge un caféiculteur. Il raconte que lors de la saison pluvieuse (mars à juin et octobre-novembre) sa famille passe plusieurs jours et nuits sans manger, car les feuilles d’arbustes, de caféiers ou de bananiers sont alors fraîches et difficilement utilisables comme bois de chauffe pour la cuisine.

Un appel est lancé aux autorités locales qui doivent inciter leurs administrés à planter des arbres et réglementer les coupes. "Pour couper une forêt afin d’en faire du charbon ou pour les scieries, nous devons d’abord la visiter et voir si elle est mûre. Après seulement, nous délivrons une autorisation", dit Servilien Turamye, chargé des forêts dans le district de Rutsiro à l’ouest.

Ceux qui contreviennent à la règlementation sont punis de lourdes amendes. Les arbres de ce district approvisionnent en charbon les villes du Rwanda et Goma en RDC et servent à la fabrication de meubles. "Depuis 2010, nous avons remarqué que les arbres plantés auprès des montagnes du lac filtrent les eaux qui arrivent dans le lac", se félicite S. Turamye.

Diversifier les sources d’énergie

Limiter l’usage domestique du bois et du charbon de bois est l’autre objectif du gouvernement pour protéger les arbres. C’est ainsi que les campagnes sont en cours d’électrification. Le ministère des Infrastructures a lancé des travaux de construction de microcentrales hydroélectriques, avec le soutien des bailleurs et en collaboration avec l’entreprise EWSA (Energy and Water Sanitation). L’équipement des centres de santé qui ne sont pas raccordés au réseau avec des panneaux solaires photovoltaïques est en cours.

En ville, des cuisinières électriques, qui utilisent des restes de charbon mélangés avec des pierres volcaniques, et des cuisinières à gaz se répandent. Les familles y trouvent leur compte car le sac de charbon coûte cher, entre 7 000 et 9 000 frw (11-15 $) et les plus nombreuses en consomment quatre sacs par mois. En cuisinant au gaz, Karegeya Ezéchiel de Nyamirambo à Kigali témoigne ainsi faire plus de 25 000 frw (41 $) d’économie par mois.

Les pauvres des campagnes restent cependant encore dépendants du bois pour survivre, mais à quel prix ? "À Cyungo au nord, par exemple, certaines gens achètent le bois pesé au kg !", regrette Claudien Habimana.

Article paru dans rwandaforyou.com

Edité par Alphonse

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